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La Nuit des Longs Micros 3 juillet 2011  

Les Longs Micros (LLM) : on est toujours sur le 107.3 de la nuit des longs micros, il est déjà tard dans la nuit, et on vient de se délecter un petit set de groolot en live, et oui juste, cette fois-ci on est remonté d’un étage, on est sorti du cinépoche, et on l’a installé juste à côté de nous dans l’ambiance du studio, il est en train de finir de débidouiller tous ses machins et tous ses trucs. Ah ça y est il nous regarde il a levé la tête et il s’est rendu compte qu’il y avait plein de gens autour de lui. bonsoir grégory. le temps de s’installer un petit peu. ouais je le speed un peu.

groolot : Salut.

LLM : Parce que toi du coup tu étais en pleine immersion là.

groolot : oui oui.

LLM : t’as vu qu’il y avait des gens autour au moins ou pas ? pas du tout ?

groolot : si j’ai vu qu’on m’avait piqué ma bouteille d’eau.

LLM : Ah ? c’est un appel du pied, il faut de l’eau pour grégory. Bon alors tu avais parlé effectivement d’un set qui allait faire des grands écarts, puisque je t’avais pausé la question "couette ou plutôt dancefloor" ? effectivement, on a été servi pour les deux. Assez particulier, puisque plutôt en vague, ça monte ça descend, là pour le coup en début d’émission on essayait de mettre des étiquettes sur les groupes qui jouaient en live, est-ce que quelqu’un à quelque chose à proposer en terme d’étiquette ?

LLM : En terme d’étiquette, je dirais "Ambiant electro-horrific". Il y avait un côté "Silent Hill" à certains moments. Je ne sais pas si ça te parle comme film en terme d’ambiance, mais en tout cas film d’horreur poétique, tu vois ?

LLM : Electronica ? musique contemplative ?

groolot : oui. enfin là quand ça bouge, c’est un peu moins contemplatif quand même. la fin du set est un peu "dans ta gueule".

LLM : il y a un côté indus aussi quand même des fois, il y a des sons assez criards

groolot : c’est ça ! j’aime !

LLM : il y a un gros côté émotionnel dans ta musique, on le sens du début à la fin, c’est quelque chose que tu prends en compte directement lors de la création des morceaux ou ça se fait au fur et à mesure ?

groolot : alors c’en est à l’origine, c’est à dire que mes émotions sont l’objet de mes créations, et donc, si vous vous êtes touchés et s’il y a une émotion qui vous submerge, qui vous prend, c’est que finalement la diffusion est atteinte, le passage au public est intéressant dans ce cas là. si ça ne fait rien, et bien c’est dommage.

LLM : et donc c’est pas de la création à partir de culturel ? au sens un film qui va te faire faire de la musique, c’est une émotion à toi, de ta vraie vie, du vécu de groolot au quotidien qui te fait faire ces morceaux là ?

groolot : oui

LLM : donc c’est de la retranscription d’émotions sous forme de musique ?

groolot : oui alors, d’émotions ou de traumas. alors l’année dernière je m’étais un peu planté dans le terme que j’avais employé, j’avais dit que c’était "thérapique", alors que que c’est "thérapeutique". c’est thérapeutique pour moi, la création musicale. enfin création sonore plutôt.

LLM : alors tu fais une différence entre musicale et sonore

groolot : oui. alors en quoi est-ce que je le différencie ? peut-être parce que je ne me sens pas légitime à dire que je fais de la musique, n’ayant pas eu de cursus musical et que je suis plus un bidouilleur de son qu’à chercher à faire des processus, des méthodes, là c’est uniquement du ressenti. en ça c’est du son et non pas forcément de la musique.

LLM : puisqu’on est sur cette histoire de son et de musique, moi j’aimerai bien savoir quelles sont les matières sonores que tu travailles ? d’où elles viennent ? est-ce que ce sont des samples ou tu fais des boucles avec des petits objets comme on peut d’ailleurs en voir devant ton laptop ?

groolot : alors mon processus de création est duel, et encore une fois à faire le grand écart entre les échantillons que je peux faire issus du commun, et notamment c’est ce que je joue en concert avec du sable, des graviers, réellement de la matière concrète, et de la complète synthèse avec des synthétiseurs qui sont pour moi que des synthétiseurs virtuels, uniquement logiciels, je joue avec ça et je malaxe le tout avec du travail d’effet, de filtrage qui donne cette matière.

LLM : alors justement on est à la radio, les gens ne voient pas ce que tu as devant toi, il n’y a pas grand chose comme matériel, tu peux nous décrire rapidement ce qu’il y a, car à l’écoute tout à l’heure je me posais des questions à savoir ce qu’il y avait comme matière derrière. tu peux expliquer à des néophytes comme moi qui n’y connaissent rien.

groolot : alors il se trouve que là ça n’est pas très intéressant ce que j’ai. c’est juste un contrôleur MIDI, des sliders, des potentiomètres verticaux, des potentiomètres rotatifs, comme sur une console. et là je joue uniquement sur des petits paramètres. là il y a énormément de choses qui sont programmées.

LLM : donc tu as un PC devant toi ?

groolot : voilà effectivement, j’ai une machine, j’ai une timeline et il y a plein de choses qui déroulent, des événements etc. ça c’est la configuration radio. après, pour ce que je veux jouer devant le public, confère l’interview de l’année dernière, c’est que j’ai envie d’être honnête avec le public et donc s’il se déplace alors j’ai envie qu’il vienne voir quelque chose que je peux lui proposer réellement et pas simplement, comme disait Manu, se mettre derrière sa machine et tourner des boutons. finalement ce que j’ai fait ce soir ! je n’aime pas ça. je me trouve malhonnête. je ne me sens pas intègre quand je fait ça.

LLM : alors là c’est la version à emporter, c’est pour ça.

LLM : tout ça pour dire que contrairement à ce que disait Tabata tout à l’heure, même si tu n’aimes pas trop ça avoir aussi peu de matos : Non ! tu ne fais pas partie de ces DJs qui consultent Facebook et MySpace pendant qu’ils jouent. non, j’étais juste à côté et il était en train de bidouiller plein de trucs super compliqués que je ne comprenais pas. il avait une tête d’autiste dans son monde à lui quand il jouait, c’était assez rigolo à voir.

LLM : justement c’est intéressant, il y a un tout petit plus d’un an tu étais pas encore trop sorti de chez toi, t’avais quelques morceaux, quelques constructions à proposer, tu cherchais des dates. depuis un an et demi qu’as-tu construit ? est-ce que tu as sorti des choses ? es-tu allé devant le public ? et où ?

groolot : première partie de la question, qu’est-ce que j’ai pu produire ? alors j’ai sorti en autoproduction un disque qui s’appelle "Aven", qui est le recueil des dernières compositions que j’ai pu faire. donc ça se trouve sur mon site web : http://www.groolot.net. et sinon en concert, j’ai joué à Allonnes avec This Is The Hello Monster, où j’ai juste joué du sable. et c’était gentil.

LLM : ça me fait plaisir que tu parles de http://www.groolot.net, parce que je suis allé sur ton site Internet et j’ai vu un bel objet en fait. un truc très léché, très bien fait, presque poétique dans sa forme et son graphisme, et j’avais l’impression que ça faisait partie intégrante de ton projet ton site Internet. Qu’est-ce qu’il en est ? j’ai l’impression que poésie, image et musique étaient liées là dedans.

groolot : peut-être !?! je ne suis pas le meilleur regard sur moi-même. vous entendre est un plaisir pour savoir quel regard il peut y avoir sur ses propres productions, et c’est ça aussi la confrontation au public, le fait de diffuser. pour répondre à ta question encore StephH, c’est difficile de se confronter au public, parce que je ne sais pas si je suis crédible. j’ai très peur de vous. j’ai peur de vous, mais de vous tous. mais en même temps si je fais de la musique, ce n’est pas que pour ma gueule, il y a ce côté extériorisation et donc si je ne suis pas confronté aux autres alors ce que je fais n’a pas de sens ou ne prend pas sens. (pfffiou de soulagement)

[écoute de mulatu astatke - my own memory]

LLM : alors là on a un morceau qui est complètement différent de ce que toi tu as pu jouer. ton spectre musical est aussi large ?

groolot : oui, il n’y a pas de limites.

LLM : des références, des choses qui t’ont marquées, des choses qui t’influencent.

groolot : alors oui forcément beaucoup en électronique. j’aime toujours beaucoup Murcof, Autechre. et après au niveau des influences, elles remontent à tellement loin qu’il est difficile de ne pas les partager avec tout le monde, que ce soient les Floyd, ou Vangelis Papathanassiou, un grec qui a fait le machin des animaux là.

LLM : et ça influence aussi ta musique ce que tu écoutes ou c’est vraiment deux choses différentes ?

groolot : je ne sais pas. je ne saurais dire ce qui m’influence puisque je créé par besoin, j’ai trouvé une forme d’écriture par un certain nombre d’outils que j’ai rencontré dans ma vie et je me dissocie de la question de l’outil désormais et quand je compose, je suis vraiment dans l’extériorisation de moi-même et donc je ne sais pas en quoi ou par quoi je suis influencé. bien évidemment je suis influencé comme tout le monde et heureusement d’ailleurs. et peut-être si ça peut me permettre de faire un pont vers le Libre. car pour moi c’est fondamental que ma musique soit libre. pour les auditeurs qui connaissent les logiciels libres, Firefox, OpenOffice, Linux, Audacity. et donc au même titre que les logiciels sont libres, ma musique est libre. autrement dit, chers auditeurs, ce que vous avez entendu ce soir, vous pouvez le copier, le diffuser, le modifier.

LLM : est-ce qu’il y a une licence du genre Creative Commons ? ou alors tu es en Copyleft, c’est à dire pfiout c’est dans la nature, c’est dans la nature ?

groolot : alors Copyleft ce n’est pas "pfiout c’est dans la nature, c’est dans la nature", Copyleft, c’est notamment une licence en France qui est la Licence Art Libre qui est reconnu dans tous les pays de la convention de Berne. Cette licence Art Libre permet de donner le droit à n’importe qui de copier, diffuser, modifier une œuvre librement. sans forcément être dans une relation commerciale ou économique, mais elle peut l’être. rien n’est fait pour l’empêcher. pour moi l’idée d’exclusivité qu’impose la SACEM m’empêche de vivre. moi j’ai besoin d’être libre et pour être libre, il me faut une Licence Art Libre, et ma musique est Libre.

LLM : il est précisément 3:00 du matin sur la Nuit des Longs Micros, nous entamons notre septième heure de live et j’avais une question pour toi groolot, tu as l’air d’être très lié de manière sensible à ta musique, ton dernier album c’est à partir d’une base de poésie donc si j’ai bien compris, tu écris toi-même de la poésie littéraire ?

groolot : non pas du tout.

LLM : tu fais de la poésie auditive en tout cas, mais littéraire pas du tout ?

groolot : non. et même je pense y être assez peu sensible.

LLM : tu parlais tout à l’heure de retranscription d’émotions, que tu ne faisais pas vraiment de la musique mais plutôt de la matière sonore, est-ce le seul medium que tu utilises pour retranscrire tes émotions ?

groolot : non. j’ai quelques sensibilités, ou accointances, ou appétences pour les arts visuels. en général tout ce qui peut être proche d’un ordinateur, c’est facile pour moi. donc que ce soit de la vidéo numérique, de l’image numérique, j’ai quelques facilités à y trouver un moyen d’expression. après est-ce pertinent ou non ?! je crois que ça n’est pas très pertinent. je ne suis pas un bon vidéaste, je fais d’assez moches images, mais j’essaie d’en faire.

LLM : du coup si on te privait de ces medium électroniques et des laptops, vers quoi tu irais ? qu’est-ce qui t’intéresserait de toucher de modifier de transformer ?

groolot : je me suis construit avec la musique amplifiée qu’il faudrait que je fasse donc c’est plus me séparer complètement de la musique amplifiée. euh, je ne peux pas répondre à ta question là Manu. je ne sais pas il faudrait que j’y sois confronté en fait pour trouver l’outil qui fera que "Wahou ça sera cool !". peut-être que je jouerai de la bouteille.

LLM : tu parlais de ta liberté tout à l’heure. est-ce que travailler avec d’autres musiciens qui feraient d’autres choses à côté ça t’intéresserait ou pas du tout ?

groolot : j’y ai déjà pensé. j’ai déjà travaillé un peu avec d’autres musiciens, notamment avec TITHM. je m’y retrouve assez peu, parce que ma démarche est hyper individuelle. je ne sais pas m’imposer ou très peu dans un groupe, donc si je travaille avec d’autres artistes, je vais être comme un outil, comme avec TITHM où je jouais du gravier ou du sable. mais je ne suis pas groolot dans ce cas là. je suis grégory david qui s’intègre à autre chose. mais groolot c’est grégory david qui parle de lui. c’est extrêmement égocentrique.

LLM : alors pourquoi groolot justement ?

groolot : alors c’est un peu débile, quand j’étais petit, j’avais toujours un grelot au pied, jusqu’à 20 ans, et du coup, ce groolot est un pseudo qui m’a été affublé au lycée.

LLM : tout à l’heure tu parlais de la collaboration avec TITHM, il y a d’autres projets auxquels tu as participé, notamment "Tchernobyl Tremblements".

groolot : oui tout à fait, avec Jean-François DEVILLERS, qui est photographe. il a fait deux voyages à Prypiat sur la zone interdite où il a fait des photos, où il a ... qu’est-ce qu’il a photographié réellement ? il en parlerait mieux.

LLM : le vide.

groolot : oui voilà c’est ça. une sorte de mort. un désert d’humain dans un environnement terriblement humain. du béton, des maisons abandonnées. et lui a une façon d’écrire ses images par de la photo composite. donc il prend un grand nombre de clichés de différents points de vues mais avec toujours le même sujet, et il recompose des images avec des bouts de ces clichés. et puis il y a eu un moment où il m’a montré sa série de photos et moi j’étais arrivé chez lui avec un morceau et je lui dit : "tiens t’as qu’à écouter ça !", "ok, t’as qu’à regarder ça !". et donc j’ai regardé les photos pendant qu’il écoutait. là il y a eu une sorte de rencontre, non pas entre lui et moi, mais entre nos créations. de là on s’est dit qu’il fallait que nous rendions ça public. on a essayé de trouver les moyens de rendre cela public, et c’est par une création plastique vidéo que nous avons pu le faire. c’est ça "Tchernobyl Tremblements". elle a été créé aux subsistances au mois d’avril. vous pouvez le voir sur le site http://www.prypiat.fr.

[écoute de Colleen - Everyone alive wants answers]

LLM : alors pour terminer cette interview, il y a des concerts qui se profilent là dans les mois à venir ?

groolot : oui même dans les jours à venir. je joue à Strasbourg pour les Siestes Électroniques dans le cadre des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre.

LLM : On peut voir la date sur ton site ?

groolot : oui surtout sur le site des RMLL. http://www.rmll.info

LLM : ça veut dire que tu utilises des logiciels libres pour ta musique.

groolot : non. j’utilise des outils ...

LLM : ce sera l’occasion d’aller en chercher.

groolot : oui voilà. ou d’en fabriquer. d’ailleurs là où je vais jouer fin août, au festival Teriaki ...

LLM : donc deux dates de prévues, donc une première en fin d’après midi le vendredi 26 août avant deux projets plus énervés. tu auras comme mission de mettre les gens en appétit. et puis le samedi en tout début d’après midi là également sous forme de sieste avant deux autres groupes plutôt rock, donc là aussi tu auras à mettre en appétit les gens qui seront présents au parc Monod. ça sera différent de ce que tu nous as proposé ce soir notamment en terme de processus ; tu n’utiliseras pas le même matériel apparemment ?

groolot : non pas du tout, où pour Teriaki et pour la diffusion de groolot sur scène, l’idée c’est vraiment de proposer un espace laboratoire ou atelier avec des objets, des choses qui bougent pour de vrai et qui ont une incidence sur le son.

LLM : avec quelques exemples quand même ?

groolot : euh non. je suis en train de fabriquer les prototypes, alors je ne vais pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

LLM : du coup tu es à fond de dispositifs quand même, c’est aussi ce que tu essayes de retranscrire, c’est "quel dispositif il faut pour créer ?"

groolot : c’est ça. je n’ai pas envie de me satisfaire de ce qui existe. c’est confortable de prendre ce qui existe, parce que ça va vite, et notamment pour les logiciels que j’utilise et les synthétiseurs. c’est plus confortable pour moi d’utiliser ce que d’autres ont su créer. or là pour la scénographie de ces concerts, je ne fais appel à personne, et au contraire je n’attends rien de personne. donc il faut que je sois autonome, et pour l’être je cherche à droite et à gauche pour voir comment me libérer de ce que mes collègues musiciens en musique électronique pourraient utiliser, des MPC ou des machins qui sont très fonctionnels, mais je ne m’y retrouve pas. je suis désolé chers collègues, je donne l’impression de vous juger là, mais ce n’est pas vrai.

LLM : il vous juge horriblement, vous pouvez faire une vendetta contre lui.

LLM : on peut retrouver toutes les productions de groolot sur http://www.groolot.net

LLM : vous le retrouverez bientôt à Strasbourg et puis fin août au festival Teriaki où ce sera l’occasion de le voir faire quelque chose en vrai avec un peu plus que son ordinateur.

LLM : On te remercie d’être passé dans cette nuit. Merci beaucoup.

groolot : Merci.


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Contacts : Grégory DAVID